80% des usagers de sulfates de morphine (Skénan) sont des injecteurs

Publié le 19 novembre 2013


Source : Tendance N°86 – Marchés, substances, usagers : les tendances récentes 2011-2012, OFDT, juillet 2013

L’usage détourné des sulfates de morphine constitue, depuis que le dispositif existe, un phénomène souvent fluctuant et localisé géographiquement, paraissant très lié à la présence locale ou non de médecins prescripteurs. En 2011 et 2012, le marché du Skénan® est en hausse à Bordeaux avec une baisse importante de prix (15 € le comprimé de 200 mg LP en 2010, 5 € en 2012), à Paris (malgré une période de pénurie en 2012) et à Metz. Dans tous les cas, il semble prescrit par un nombre limité de médecins, soit dans un objectif thérapeutique affirmé, soit sous la pression de certains patients. D’après les autres sites TREND, la consommation détournée existe mais demeure rare, du fait de marchés locaux ne dépassant pas les pratiques de « dépannage ». À l’exception de Bordeaux où le comprimé de 200 mg serait la forme la plus disponible, la galénique courante semble être la gélule de 100 mg, accessible sur le marché parallèle pour 8 à 10 € environ. Deux profils principaux de consommateurs sont décrits : des usagers assez jeunes, très précarisés, errants, issus du milieu alternatif, mais également des usagers à la recherche d’une substitution « plus satisfaisante ». Plus de huit sur dix d’entre eux l’injectent. La confrontation avec les premières données ENa-CAARUD 2012, montre un accroissement modéré (mais significatif) de son usage, par les usagers des CAARUD, au cours du mois précédent, au plan national (17,2 % en 2012 contre 14,8 % en 2010), mais surtout une singularité géographique : la zone d’usage maximale, centrée sur le Limousin et l’Auvergne (prévalence mensuelle d’usage déclaré respectivement égale à 45,8 % et 43,1 %), s’étire selon une bande transversale de chaque côté de ces régions avec les Pays de la Loire (34,1 %) et le Poitou-Charentes (29,9 %), à l’ouest, et la région Rhône-Alpes à l’est (28,1 %). En l’absence d’observations qualitatives TREND dans ces zones, qui permettraient de mieux qualifier le phénomène, il semble que cette bande, éloignée à la fois de la frontière du nord-est de la France et de la frontière espagnole par lesquelles transite l’héroïne, constitue une zone où soit ce produit est difficile d’accès, soit son rapport pureté/prix est particulièrement défavorable. La difficulté d’accès aux ressources sanitaires est également une hypothèse à envisager.

Nicolas AUTHIER


PARTAGER CETTE PAGE