Résultats de l’enquête DRAMES 2014 (Décès en Relation avec l’Abus de Médicaments Et de Substances)

Publié le 2 décembre 2016


Source : Commission des Stupéfiants et Psychotropes, ANSM, Séance du 14 avril 2016, Coordonnateur d’enquête : CEIP de Grenoble

L’enquête DRAMES (Décès en Relation avec l’Abus de Médicaments ET de Substances), permet chaque année d’obtenir une photographie qualitative et quantitative des molécules impliquées dans les décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances et d’avoir une estimation du nombre de décès imputables aux médicaments et drogues. Les informations ont été recueillies par 38 toxicologues. Les décès retenus sont ceux liés aux psychoses dues à la drogue, la dépendance, l’abus chez une personne non dépendante, les intoxications accidentelles s’il existe des antécédents d’abus. Les décès sont classés en deux groupes : décès directs (cause toxique seule, cause toxique avec pathologie liée à la substance, cause toxique avec pathologie non liée à la substance) et décès indirects.

En 2014, le nombre de dossiers reçus est de 394 mais le nombre de dossiers inclus est de 283. Parmi ces 283 décès, 243 sont directement liés aux substances.

drames-1Les décès se produisent majoritairement au domicile (60 %) et concernent essentiellement des hommes (80 %). L’âge moyen des décès augmente et atteint 36 ans. Les antécédents des sujets font état d’une forte prévalence de pharmacodépendance. Plus de 50 % des décès sont liés à un usage intermittent ou permanent d’une substance. 35 % des personnes décédées étaient en cours de traitement de substitution. 8 décès concernent des patients naïfs par rapport à la substance impliquée.

Les patients en contact avec les opiacés de manière intermittente semblent être plus à risque que les patients dépendants, sous substitution ou naïfs. Il s’agit d’une population difficile à cerner, qui sort de cure ou de prison.

Les 40 décès indirects sont principalement liés à des chutes de lieux élevés. Le cannabis est le chef de file des substances impliquées dans ces décès indirects (25 cas), suivi de la cocaïne (9 cas). 235 des 243 décès directs recensés en 2014 ont eu lieu dans un contexte de toxicomanie. 201 étaient liés à une substance sans autre cause identifiée, les 42 autres étant liés à une pathologie avec ou sans lien avec la substance.

Concernant les médicaments de substitution aux opiacés (MSO), 44 % des décès sont liés à la prise de méthadone (6 chez les sujets naïfs) et 11 % liés à la prise de buprénorphine (2 chez les sujets naïfs). Deux décès sont liés à l’association de ces deux substances. Le taux de décès au regard du nombre de patients traités par de la méthadone est passé de 2/1000 en 2010 à 3/1000 en 2012 et à 2,2/1000 en 2014. Dans les décès où la méthadone est prédominante, il existe une différence significative de concentration de méthadone entre les sujets naïfs (concentrations plus basses) et les sujets non naïfs. Le taux de décès au regard du nombre de patients traités à la buprénorphine est passé de 0,43/1000 en 2010 à 0,25/1000 en 2014. Le nombre de décès liés aux médicaments de substitution est stable, dû à l’augmentation de décès par méthadone et à la baisse de décès par buprénorphine. Le risque relatif de décès est près de 9 fois plus élevé avec la méthadone vs la buprénorphine, pour un nombre de patients exposés à la méthadone stable depuis 2 ou 3 ans (environ 50000).

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Concernant les stupéfiants illicites, l’héroïne est responsable de plus de 20 % des décès, suivie de la cocaïne (9 %), l’association des deux (5 %), le cannabis (8 %) et les amphétamines (4 %). Certaines substances ou mélanges commencent à être responsables de décès : 4-MEC (produit de synthèse), éthylphénidate, association de 5-APB + MPA. En ce qui concerne le cannabis, les décès sont provoqués par un effet vasculaire entrainant un infarctus myocardique aigu et non par une overdose.

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Concernant les opioïdes licites hors MSO, la morphine est responsable de 10 décès dont 3 liés à l’utilisation de Skénan® (en diminution versus 2013), suivie de la codéine (5 décès) et du tramadol (4 décès).

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Dans les décès liés à un mélange de substances co-dominantes, les associations les plus fréquentes sont méthadone + substances psychoactives (14 décès), héroïne + cocaïne (12 décès), buprénorphine + substances psychoactives (7 décès). En cas d’association, deux ou trois substances présentent chacune des concentrations mortelles ou toxiques.

En conclusion, on constate que le risque relatif de décès est près de 9 fois plus élevé avec la méthadone vs la buprénorphine en 2014. Il serait nécessaire de comparer la mortalité liée à la méthadone à celle de la morphine chez les usagers de morphine (notamment le Skénan®) et à celle de l’héroïne. On constate enfin une diminution des décès liés aux opioïdes hors MSO.

Concernant les stupéfiants illicites, on constate une légère augmentation des décès liés à l’héroïne, à la cocaïne et à l’association héroïne + cocaïne. Les décès liés au cannabis ont diminué (mais cela est dû à une application de critère d’inclusion plus rigoureux) de même que les décès liés aux amphétamines. Enfin, 2014 voit apparaître la notification de décès liés à quatre nouveaux produits de synthèse.

Caroline NIJHOUT


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