43% des femmes enceintes substituées par méthadone dépressives

Publié le 9 juillet 2013


Davie-Gray D et coll, Psychosocial characteristics and poly-drug use of pregnant women enrolled in methadone maintenance treatment. Neurotoxicol & Teratol, 2013

Une équipe néo-zélandaise a travaillé sur la santé, le contexte psychosocial et les consommations de substances d’une cohorte de femmes enceintes sous traitement de substitution par méthadone. Elles étaient recrutées pendant le second et troisième trimestre de grossesse entre 2003 et 2008 et étudiées en comparaison d’un groupe de femmes enceintes non dépendantes aux opiacés. Cette étude confirme que ces femmes présentent une mauvaise santé physique et mentale ainsi que des difficultés économiques et sociales.
En effet chez presqu’un tiers d’entre elles on retrouve une grossesse avant 16 ans (dont 1/3 avant 14 ans). En plus de ces considérations obstétricales, 73 % sont atteintes d’hépatite C. Elles ont des difficultés socio-économiques importantes avec un besoin d’aide sociale, l’absence de qualification, moins de partenaires stables.
Au niveau de la santé mentale presque 50% des femmes enceintes sous méthadone présentent des critères pour une probable dépression comparé à 8% chez les femmes contrôles (score ≥13 à l’échelle de dépression d’Edinburgh : EDS). Les taux de consommation d’antidépresseur sont pourtant égaux dans les deux groupes. La dépression serait donc sous diagnostiquée chez ces patientes où il y aurait une frilosité dans la prescription de psychotropes pendant la grossesse.
Au niveau des consommations, le tabagisme pendant la grossesse des femmes substituées par méthadone était très élevé (93%). En contraste des taux similaires d’usage d’alcool sont retrouvés dans les deux groupes. Par ailleurs, 68% des femmes enceintes traitées par méthadone rapportent une consommation de drogues illicites (cannabis principalement 53%, autres opiacés 28% que méthadone, benzodiazépines non prescrits 27% et autres stimulants 21% notamment méthyl-phénidate non prescrit). A l’exception du tabac dans le groupe méthadone, on note une diminution des consommations de toxiques dans les deux groupes au cours de la grossesse.
En ce qui concerne l’efficacité du traitement par méthadone, les femmes traitées par des posologies > 61 mg/ jour) tendraient à moins consommer de drogues illicites durant la grossesse. Cependant quelle que soit la posologie, les consommations de cannabis, benzodiazépines et stimulants sont similaires.
La précarité, la persistance des consommations et la fréquence des symptômes dépressifs chez les femmes enceintes substituées par méthadone soulignent la nécessité d’une prise en charge multidisciplinaire. Par ailleurs, au vue de la baisse des consommations de ces patientes on peut considérer la grossesse comme un moment propice à une prise en charge de leurs conduites addictives.

Cécile TIXERONT


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