Hospitalisations aux urgences liées a des complications de l’usage de drogues en Europe : héroïne pour les drogues illicites et clonazépam pour les médicaments en tête d’affiche.

Publié le 16 décembre 2016


Source : European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction (2016), Hospital emergency presentations and acute drug toxicity in Europe: update from the Euro-DEN Plus research group and the EMCDDA, Publications Office of the European Union, Luxembourg

Dans un nouveau rapport publié en août 2016, l’observatoire européen des drogues et toxicomanies (EMCDDA) présente ses conclusions sur les hospitalisations dans les services d’urgences liées à la consommation de drogues en Europe. Ce rapport analyse les données de l’European Drug Emergencies Network (Euro-DEN). Ces données ont été collectées dans 16 centres hospitaliers sentinelles de 10 pays européens (Suisse, Espagne, France, Royaume Uni, Irlande, Danemark, Norvège, Estonie, Pologne et Allemagne) sur une période de 2 ans, entre octobre 2013 et septembre 2015.

sau3Il y a eu 10956 passages aux services des urgences des 16 centres sentinelles pendant les deux ans de suivi, dont 5529 la première année et 5427 la deuxième année. Il existe une variation du nombre de passages en fonction des centres, avec 70,2% des passages dans 5 des 16 centres (Oslo, Dublin, Londres (2 centres) et Paris). Pour 68,5 % des passages aux urgences, les patients sont arrivés par ambulance, ce qui indique une utilisation importante des services de soins pré-hospitaliers. 76 % de ces patients sont des hommes, et 65,8 % ont un âge compris entre 20 et 39 ans (âge médian : 31 ans).

Il semble qu’il y ait une variation saisonnière des passages aux urgences, avec un nombre de passages plus faible l’hiver que l’été. Le nombre de passages est aussi plus important les jours de week-end que les jours de semaine et les passages sont plus fréquents dans la soirée et tôt le matin que pendant les heures ouvrables.

sau1Au total, 16986 substances (à l’exception de l’alcool) ont été impliquées dans les 10956 passages. La majorité des passages impliquait une substance (61,9 %) ou deux (26,8 %) et seulement une minorité (3,5 %) impliquait 4 substances ou plus. Parmi ces passages, l’alcool était associé aux substances dans 61.7 % des cas. Les substances impliquées étaient principalement des drogues illicites (64,3 %) ou des médicaments (25,5 %). Sur la période de 2 ans, les nouveaux produits de synthèse (NPS) étaient impliqués dans 7 % des passages aux urgences, avec une augmentation entre la première et la deuxième année (respectivement 5,6 et 8,5%). Les principales substances retrouvées sont l’héroïne pour les drogues illicites, la méphédrone pour les NPS et le clonazépam pour les médicaments. Il existe une grande variation géographique des substances impliquées dans les passages aux urgences, qui reflète la diversité des populations, la disponibilité des drogues et des NPS dans chaque pays et la prévalence locale de l’utilisation des drogues/NPS dans les régions des centres sentinelles.

sau4

Le motif de consultation le plus fréquemment rapporté était agitation/agressivité dans 25,8 % des cas. Une minorité cliniquement significative présentait des signes cliniques sévères : douleur thoraciques (6,6 %), psychose (6,1 %), convulsions (3,5 %) et hyperthermie (température > 39°) (1,4 %). Par ailleurs, 58 patients (0,5 %) sont arrivés aux urgences en arrêt cardio-respiratoire, 26 d’entre eux ont survécu. Les trois quart des patients sont sortis directement des urgences, soit après décision médicale (58,5%) soit contre avis médical (17,2%). Seulement une minorité d’entre eux ont été hospitalisés, 5,7 % en soins intensifs et 4,2 % en psychiatrie. La durée de l’hospitalisation était inférieure à 4 h dans 44,7 % des cas, et seulement 10,6 % restaient hospitalisés plus de 24 heures. Il y a eu 49 décès soit un taux de mortalité de 0,4 %. Trente-deux de ces patients étaient arrivés aux urgences en arrêt cardio-respiratoire. Les substances les plus impliquées dans les décès étaient : les opioïdes (23 décès dont 12 héroïne) et/ou psychostimulants (15 décès, impliquant le plus souvent : cocaïne, amphétamine, méphédrone et MDMA). Les NPS étaient impliqués dans 9 décès, dont le plus fréquent la méphédrone dans 4 décès.

Concernant les passages liés aux médicaments (sans ordonnance ou sur prescription), environ 29 % impliquaient au moins un médicament dont 45 % uniquement des médicaments sur prescription, sans drogues illicites ou NPS. Les deux classes de médicaments les plus fréquemment impliquées étaient les opioïdes et les benzodiazépines et apparentés. Les opioïdes étaient essentiellement représentés par la méthadone et la buprénorphine. Pour les benzodiazépines et apparentés, l’âge moyen des patients était plus élevé : 35 ans et les molécules les plus citées étaient : clonazépam, diazépam, alprazolam et zopiclone.

Ce rapport montre que chaque année en Europe, des milliers d’individus nécessitent une assistance médicale en urgence suite aux conséquences aigues de la consommation de drogue, ce qui engendre un coût pour les services de santé. La poursuite de ces travaux est importante, pour permettre à la fois de mieux comprendre les risques aigus associés à la consommation de toxique mais aussi pour permettre la mise en place d’actions de prévention et de soins appropriés.

Aude FLORENT


PARTAGER CETTE PAGE