Résultats de l’enquête OPPIDUM 2015 (Observation des Produits Psychotropes Illicites ou Détournés de leur Utilisation Médicamenteuse)

Publié le 23 décembre 2016


Source : Commission des Stupéfiants et Psychotropes, ANSM, Séance du 30 juin 2016, Coordonnateur d’enquête : CEIP de Marseille.

Depuis 1995, l’enquête OPPIDUM permet chaque année de recueillir, grâce à un réseau de structures spécialisées dans la prise en charge des addictions (CSAPA ambulatoires, unités de consultation, unités de soins en milieu carcéral et CAARUD), des informations sur les modalités de consommation des substances psychoactives prises la semaine précédant l’enquête par les patients présentant un abus, une dépendance, ou traités par médicament de substitution aux opioïdes (MSO).

En 2015, les 175 centres d’enquête ont inclus 5003 sujets, décrivant la consommation de 10 159 substances psychoactives (SPA) dont 65 % sont des médicaments. Les sujets sont majoritairement des hommes (78 %) et l’âge moyen est de 36,5 ans. Parmi eux, 45 % ont des revenus réguliers, 47 % sont en précarité avec compensation sociale et 9 % sont en grande précarité. 83 % des sujets ont un logement stable. 23 % d’entre eux présentent une dépendance à l’alcool.

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Les modalités de consommation sont :

  • La voie nasale : 16 % des sujets, 957 SPA. 17 % des SPA sniffées sont des médicaments dont les principaux sont : la BHD (62,5 %), la kétamine (11 %), la morphine (10 %), la méthadone (4 %), le méthylphénidate (4 %), la BHD en association (3 %), le zolpidem (1,3 %), l’alprazolam (1,3%) et les opiacés SAI (1,3 %). Pour les substances non médicamenteuses, l’héroïne est plus sniffée que la cocaïne.
  • La voie intraveineuse (IV): 8 % des sujets, 496 SPA. 42 % des SPA injectées sont des médicaments dont les principaux sont : la morphine (50 %), la BHD (38 %), le méthylphénidate (6 %), la méthadone (2 %), le zolpidem (1,4 %). Pour les substances non médicamenteuses, la cocaïne est plus injectée que l’héroïne.
  • La voie inhalée (hors cannabis) : 7 % des sujets, 382 SPA. 5 % des SPA inhalées sont des médicaments, principalement la BHD.
  • La voie orale : parachute.

Concernant la consommation des médicaments de substitution aux opiacés, 77 % sont sous protocole de substitution BHD (27 %), méthadone (68 %), Suboxone® (4 %) et Skénan® (0,6 %).Parmi les sujets consommateurs de BHD (n=1094), la part du Subutex® est de 55 % et de génériques de 39 %. La dose moyenne est de 9,0 ± 5,7 mg/jour. La BHD est consommée par voie orale (94 %), voie IV (7 %), voie nasale (9 %) et inhalée (1 %).Les consommateurs de BHD ont également consommé une benzodiazépine et apparentés dans 25 % des cas et de l’héroïne dans 5 % des cas. La proportion d’utilisation de la voie IV et de l’obtention illégale est plus importante chez les consommateurs traités par Subutex® que par générique.

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Parmi les consommateurs de méthadone (n=2655), la part de la forme sirop est de 48,2 % et celle de la forme gélule est de 49,5 %.Parmi les consommateurs de méthadone en dehors d’un protocole médical (2 %), 44 % consomment la méthadone quotidiennement, 96 % la consomment par voie orale et la moitié ont également consommé de l’héroïne. Dans le cadre d’un protocole, la dose moyenne est de 61,1 ± 38,2 mg/jour. Dans la majorité des cas la méthadone est consommée par voie orale. Les consommateurs de méthadone ont également consommé une benzodiazépine (20 % des sujets), de l’héroïne (15 % des sujets), de la cocaïne (11 % des sujets), du cannabis (34 % des sujets) et de la morphine (3 % des sujets).

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Parmi l’ensemble des sujets inclus, 20 % consomment des benzodiazépines et apparentés, dont majoritairement le diazépam et l’oxazépam. L’oxazépam a de plus en plus d’indicateurs de détournement importants par rapport aux autres BZD.

Parmi l’ensemble des sujets inclus, 4 % consomment des analgésiques opioïdes, principalement la morphine (2,8 % des consommateurs) et dans 94 % il s’agit du Skénan®. Parmi les consommateurs de morphine, 75 % ont utilisé la voie IV, 12 % la voie nasale et 21 % la voie orale. Ils ont consommé la morphine dans un contexte d’abus/dépendance (75 % des sujets).

Les dix médicaments ayant la plus grande part d’obtention illégale en 2015 sont la kétamine (100 %), le clonazépam (77 %), la morphine (72 %), le méthylphénidate (55 %), le trihexyphénidyle (50 %), le bromazépam (26 %), l’oxazépam (21 %), le diazépam (20 %), l’aprazolam (18 %) et le tramadol (17 %).

Parmi les SPA non médicamenteuses, le cannabis est consommé par 43 % des sujets (dont 63 % quotidiennement), l’héroïne par 11 % des sujets (dont 27 % quotidiennement), la cocaïne par 11,5 % des sujets (dont 12 % quotidiennement) et le crack par 1,2 % des sujets (dont 29 % quotidiennement). 167 sujets ont consommé au moins une drogue de synthèse, dont 20 au moins un nouveau produit de synthèse, 79 de la MDMA, 70 des amphétamines et 47 du LSD.

Les sujets vus en CAARUD utilisent de façon plus importante la voie IV et ont une prévalence d’usage plus élevé de cocaïne et de morphine que les sujets vus en CSAPA. L’amphétamine et le LSD font partie des 10 produits les plus consommés par les sujets vus en CAARUD.

Les principaux faits marquants sont : 1) augmentation de la consommation de cannabis (43 %) ; 2) parmi les SPA injectées, il y a plus d’injection de cocaïne que d’héroïne et parmi les médicaments injectés on observe une diminution de la part de la BHD et augmentation de la part de la morphine ; 3) une diminution de la part de la voie intraveineuse parmi les sujets sous protocole Subutex® ; 4) deux BZD représentent la moitié des BZD consommées : diazépam (26 % de la totalité des BZD) et oxazépam (24 %) ; 5) des « signaux » à surveiller comme le Méthylphénidate, la consommation d’antalgiques opioïdes et les NPS qui sont de plus en plus décrits dans OPPIDUM.

Téléchargez ici la fiche de résumé des résultats de la dernière enquête OPPIDUM 2015


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