Tout savoir sur le crack ou la free base (cocaïne basée)

Publié le 30 janvier 2014


 Source : « La cocaïne basée en France métropolitaine : évolutions récentes », Tendances N°90, décembre 2013.

La cocaïne basée (par opposition au sel : le chlorhydrate de cocaïne) est apparu en France métropolitaine à la fin des années 1980 essentiellement en Ile de France sous forme de crack. C’est a partir des années 2000 qu’est apparu une nouvelle population d’usagers dans l’espace festif alternatif la consommant sous forme de free base. La transformation du chlorhydrate de cocaïne (poudre) en cocaïne base se réalise en plusieurs étapes. La cocaïne est écrasée, mise dans une cuillère à soupe, et ensuite mélangée à de l’ammoniaque ou du bicarbonate de soude. Le tout est chauffé, transformant la cocaïne en forme base solide. Le « caillou » obtenu est ensuite rincé avec de l’eau puis cassé en petits morceaux prêts à être fumés par l’entremise d’une pipe.

Cailloux de crack

cocaine-base

Pipe à crack

Pipe-a-crack

Free base versus crack :

Il existe deux modalités bien distinctes de circulation de cocaïne basée en France : la free base et le crack. Leurs différences se situent essentiellement dans l’agent de basage utilisé, la population d’usagers et l’image du produit.

En effet, le crack est de la cocaïne basé avec du bicarbonate de soude, vendu directement sous cette forme à l’usager. L’image du crack reste très négative d’une part à cause du statut social des usagers et d’autre part du fait de « croyances » selon lesquelles le crack est fabriqué à partir des déchets de la cocaïne.

La free base quant à elle est de la cocaïne basé avec de l’ammoniaque par l’usager. Elle jouit d’une bonne réputation du fait des usagers (plus insérés que les consommateurs de crack), d’un certain « prestige » associé à sa fabrication (nécessité d’un savoir-faire, de maitrise de soi et d’expérience) ainsi qu’aux vertus supposées du basage qui permettrait selon les usagers d’obtenir une cocaïne purifiée, débarrassée des produits de coupe et qui produirait des effets plus intenses que le simple sniff de cocaïne.

Des analyses ont été faites dans le cadre du dispositif SINTES sur des échantillons de cocaïne chlorhydrate, puis sur les produits obtenus après basage par ammoniaque et bicarbonate de soude.  Les résultats montrent que la supposée purification doit être relativisée, en effet les produits de coupe pharmacologiquement actifs présent dans l’échantillon de départ se retrouvent dans le produit basé quel que soit le réactif de basage utilisé. Les analyses montrent une augmentation légère de la teneur moyenne en cocaïne dans les échantillons basés, identique quel que soit le réactif utilisé. La pureté du produit final est donc liée à celle du produit initial. Il est a noté que les analyses de la cocaïne (chlorhydrate) de rue saisie en 2012 montrent que près de la moitié présentaient une pureté inférieure à 20% ce qui permet d’estimer que la moitié du free base consommé (et préparé par les usagers) présente une teneur inférieure à 30% alors que le crack présente un taux de pureté entre 60 et 70 %, et contient les mêmes produits de coupe. Donc actuellement, le crack affiche des puretés supérieure à celle retrouvé dans la free base.

Les usagers de cocaïne basée :

Les usagers de free base se retrouvent particulièrement dans le milieu des travellers (milieu festif alternatif) mais se développe aussi chez des usagers plus insérés socialement dans le cadre de soirées privées. Les usagers sont le plus souvent expérimentés, la consommation de free base intervient généralement après une période plus ou moins longue de sniff de cocaïne.

Les usagers de crack sont essentiellement situés en ile de France, il s’agit pour la plus part de personnes extrêmement précarisées et désocialisées inscrites dans des parcours de consommation compulsive. On note cependant une évolution des usagers, des personnes insérées en voie de précarisation se tournent vers le crack du fait de l’accroissement significatif du prix au gramme du chlorhydrate.

Les effets de la cocaïne basée sont à la fois plus brefs et plus violents que ceux du chlorhydrate quand il est sniffé. Le passage dans les poumons permet une montée fulgurante (une dizaine de secondes) vers le cerveau et une «sensation de plaisir» intense aux effets limités à quelques minutes. Cette brièveté et les manifestations dépressives qui lui succèdent conduisent souvent les usagers à une multiplication des prises et à un usage compulsif du produit.

 Conclusions :

De nombreux usagers de free base sont persuadés de ne pas consommer de crack mais un produit fondamentalement différent. Or les analyses ont montré une composition toxicologique identique pour le crack et la free base.

Actuellement, l’usage de la cocaïne basé reste marginale en population générale, mais cette forme poursuit sa diffusion dans certaine fractions de l’espace festif techno ainsi que chez les usagers les plus précarisés. Cependant la mauvaise image du produit au sein des populations non consommatrices constitue une limite au potentiel d’extension de sa consommation en France métropolitaine.

Aude FLORENT


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