Le développement de la « chasse au dragon » (drogues fumées)

Publié le 14 novembre 2013


Source : Tendance N°86 – Marchés, substances, usagers : les tendances récentes 2011-2012, OFDT, juillet 2013

Depuis quelques années maintenant, le dispositif TREND rapporte régulièrement le développement du phénomène de l’inhalation à chaud de certaines substances, au point que, dans l’espace festif, la polarisation entre consommateurs ne se ferait plus selon le produit mais selon le recours à tel ou tel mode d’administration. Ce mode de consommation des drogues ne constitue pas un phénomène original. S’il s’est d’abord limité à la cocaïne (crack/free base) et à l’héroïne, le fait marquant réside dans son extension à de nouvelles substances, à commencer par la poudre de MDMA, comme le constatent les observateurs de Toulouse, Lille, Bordeaux, Rennes et Marseille. Cette pratique se diffuserait notamment dans l’espace festif alternatif via des usagers d’héroïne qui ont recours à ce mode d’administration. Mais elle concerne maintenant un cercle plus large que ces seuls usagers d’héroïne. La mise à disposition, par des structures de RDR (réduction des risques), « d’aluminium10 » dans l’espace festif semble jouer un rôle favorisant. Dans ce cadre, la chasse au dragon vient essentiellement se substituer à la voie sniffée, irritante pour la muqueuse nasale. Les autres raisons avancées par les usagers de MDMA pour expliquer le recours à ce mode d’usage tiennent au fait qu’il permet d’intensifier la montée des effets, en raison d’une absorption très rapide par les alvéoles pulmonaires, ainsi que leur dimension entactogène. C’est pourquoi l’absorption de la MDMA par voie pulmonaire interviendrait plutôt lors des fins de soirée (after) afin de gérer les phases de descente. Si ce phénomène est apparu et s’est développé dans l’espace festif alternatif, il touche également les usagers plus précarisés de l’espace urbain, pour lesquels il constitue une alternative à l’injection : il permet d’en approcher les effets sans en supporter les aspects négatifs. Ainsi l’enquête ENa-CAARUD, réalisée en 2012 auprès des usagers souvent précaires, montre une progression de la pratique de l’inhalation à chaud de la MDMA (11,1 % en 2012, contre 3,1 % en 2008). La tendance se poursuit également pour l’héroïne (31,6 % en 2012, contre 24,2 % en 2008), sachant que les structures de RDR encouragent les usagers injecteurs à utiliser plutôt cette pratique qui limite les risques de transmission virale (hépatites et sida) et évite les conséquences locales de l’injection (abcès, veines bouchées, nécroses). S’agissant de la cocaïne, la pratique se traduit par une diffusion de l’usage de cocaïne basée.

Nicolas AUTHIER


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