Buprénorphine : restez vigilant sur le mésusage

Publié le 28 août 2013


Source : Tendance N°86 – Marchés, substances, usagers : les tendances récentes 2011-2012, OFDT, juillet 2013

 

La buprénorphine haut dosage (BHD), d’abord uniquement commercialisée sous le nom de Subutex®, fait de longue date l’objet de mésusage et de trafics en dépit des mesures d’encadrement de la prescription prises par les autorités sanitaires.

À cet égard, la situation récente n’a guère évolué puisque la totalité des sites signalent la pérennité de petits trafics de rue, animés notamment par des personnes revendant une partie de leur traitement. Le prix moyen du comprimé de 8 mg oscille entre 3 et 5 € selon les sites en 2011, les évolutions variables dépendant des situations locales. Cependant, il existe aussi, en particulier à Metz, Paris, Rennes ou Toulouse, des trafics plus structurés impliquant des personnes se livrant à du nomadisme médical ou encore du vol d’ordonnances, alimentant des grossistes qui centralisent les boîtes de Subutex®. Ces cas impliquent peu de personnes au regard de l’ensemble des patients traités mais peuvent encore être à l’origine du détournement de quantités importantes de médicaments (cf affaire de trafic de Subutex®jugées en Lorraine en 2011: 4 prévenus auraient reçu 3 600 boîtes en deux ans).

De même, la primo-consommation (usagers consommant de la BHD avant d’expérimenter l’héroïne) et les usages centrés sur la BHD, en association fréquente avec l’alcool et des benzodiazépines, perdurent. Cette utilisation concerne avant tout les usagers en situation de précarité extrême. Le recours à l’injection touche également une part importante de patients en difficulté avec leur traitement.

Par ailleurs, phénomène nouveau, les sites de Bordeaux et de Paris font état du développement, chez des usagers jeunes et précaires, de la pratique de chasse au dragon de comprimés préalablement réduits en poudre, laquelle s’inscrit dans la tendance du développement de l’inhalation à chaud observée par ailleurs.

Enfin, en 2011, le réseau français des CEIP-Addictovigilance a été alerté par des signalements de lésions cutanées et des parties molles de gravité inhabituelle, survenant suite à l’injection de la BHD (comprimés destinés à être pris par voie sublinguale), dont certaines ont évolué vers une nécrose locale des tissus : 27 cas ont été notifiés aux CEIP-Addictovigilance sur une période d’un an, dont 23 cas avec la BHD générique et 4 cas avec le Subutex®. Des recherches plus approfondies menées courant 2012 par le CEIP-Addictovigilance de Nantes ont montré que les excipients de la BHD générique formaient, lors de la dilution de la substance, des particules beaucoup plus grosses que celles issues du princeps. Bien qu’aucun lien formel avec les lésions n’ait été établi, il apparaît plausible que ces particules soient en cause dans ces nécroses.

 Nicolas AUTHIER


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