Accidents de la route et cannabis, que savons-nous ?

Publié le 25 novembre 2016


Source : The health and social effects of nonmedical cannabis use, World Health Organization, 2016

En 1997, lors du dernier rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé sur le cannabis, les études montraient que le cannabis avait des effets dose dépendant sur le temps de réaction, le traitement de l’information, la coordination sensori-motrice, les performances motrice et l’attention (Moskowitz, 1985; Robbe & O’Hanlon, 1993), suggérant que le cannabis pouvait potentiellement causer des accidents de la route si les usagers conduisaient sous son emprise.

thc2Mais à cette époque, il était difficile de dire si la consommation de cannabis augmentait le nombre d’accident de la route. En effet, les études montraient que les conducteurs sous l’emprise de cannabis avaient conscience de la diminution de leurs capacités et les compensaient en conduisant plus lentement et en prenant moins de risque, mais ils répondaient moins efficacement aux situations d’urgences (Smiley, 1999 ; Robbe, 1994). De plus ces études prenaient en compte seulement la présence de métabolites du cannabis mais sans établir si les conducteurs étaient sous l’emprise du cannabis au moment de l’accident, et de nombreux conducteurs accidentés avaient des concentrations d’alcool dans le sang élevées rendant difficile la distinction entre les risques d’accident liés au cannabis et ceux liés à l’alcool (Hall, Solowij & Lemon, 1994).

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Ces deux dernières décennies des études mieux conduites ont montré que les usagers de cannabis qui conduisaient sous l’emprise du cannabis doublaient leurs risques d’accident de la route (Asbridge, Hayden & Cartwright, 2012). Les résultats suggéraient que l’inhalation récente de cannabis était associée à une altération importante de la conduite, en particulier chez les fumeurs occasionnels. Une étude montrait l’existence d’une relation dose-effet entre le taux sanguin de THC et la responsabilité de l’accident, relation qui persistait après ajustement des biais de confusions (alcool, âge) (Laumon and colleagues, 2005).

Dans une méta-analyse, l’usage récent de cannabis doublait le risque d’accident de la route, risque qui augmentait s’il était pris en compte la responsabilité de l’accident et les décès plutôt que les blessures (Asbridge, Hayden & Cartwright, 2012). Le risque d’accident augmente considérablement si associé au cannabis, les conducteurs ont une alcoolémie élevée (Hartman & Huestis, 2013).

En Europe, l’étude DRUID (Driving Under the Influence of Drugs, Alcohol, and Medicines) montrait que les conducteurs testés positif au THC étaient 1 à 3 fois plus susceptibles d’avoir un accident que les conducteurs sobres (Hels et al., 2012).

Au total, même si l’effet du cannabis est faible comparé aux effets de l’alcool, les accidents de la circulation sont probablement l’effet le plus néfaste du cannabis sur la santé publique en termes de mortalité dans les pays à revenus élevés (Fischer et al., 2015).

Dr FLORENT Aude


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