Potentiel d’abus et de dépendance du 5-IT

Publié le 01 août 2013


Extrait du compte rendu de la commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM du 25/04/2013

Le 5-IT est une substance connue depuis plusieurs années. Il réapparait dans le circuit européen avec un nombre de complications graves et de décès inquiétants qui justifient la mise en œuvre, dans des délais rapides, d’une évaluation du potentiel d’abus et de dépendance.

Le Dr Danièle DEBRUYNE (CEIP de Caen) précise avoir travaillé à partir des rapports produits par l’EMCDDA (European monitoring centre for drugs and drug addiction) et Europol, des informations figurant sur le site de l’EMCDDA ou sur des sites d’usagers et de quelques articles récents trouvés dans la littérature scientifique.

Le 5-IT est le nom de rue de la molécule 5-(2-aminopropyl) indole. Sa structure chimique est intermédiaire entre un indole et une structure d’amphétamine. Ce produit est vendu sous forme de poudre souvent décrite comme brun clair, beige ou marron, dans des sachets plastiques avec l’inscription « research chemical. Not for human consumption », de comprimés ressemblant à des comprimés d’ecstasy, de comprimés avec le logo « lexus », de gélules contenant 100 mg de poudre, de comprimés ou de poudre sous l’appellation « Benzo Fury ». La formule chimique indiquée sur le sachet n’est pas la garantie que la poudre correspond bien au composé présenté, comme pour toutes les « designer drugs » rencontrées jusqu’à présent.

Le 5-IT est un composé synthétique, isomère de position de l’AMT qui appartient à la famille des tryptamines dont la plupart des représentants ont des propriétés hallucinogènes plus marquées que les stimulants de la classe des amphétamines. La structure du 5-IT est à rapprocher de la structure du 3-IT ou AMT et d’autres produits actuellement en circulation tels que le 5-APB, le 5-APDB ou 5-APDI. Le produit est bien caractérisé analytiquement, mais difficile à différencier de son homologue le 3-IT.

En ce qui concerne la pharmacologie générale, on ne recense pas d’études disponibles sur la toxicité, la tolérance et le potentiel de dépendance du 5-IT. Il n’y a pas davantage d’études disponibles sur la pharmacologie du 5-IT. Il révèle que l’absorption de 20 mg de 5-IT a un effet stimulant qui dure une douzaine d’heures et produit un accroissement des battements cardiaques, une anorexie, une modification de la diurèse et une légère hyperthermie. Alors que les tryptamines sont considérées comme ayant plutôt des effets hallucinogènes, la structure du 5-IT, correspondant à une phenethylamine substituée, lui confère plutôt des propriétés stimulantes. La molécule est d’ailleurs vendue comme stimulant psychédélique.

Les effets ressentis par les usagers sont les suivants :

  • euphorie ;
  • amélioration de l’humeur ;
  • plus grande sociabilité ;
  • plus grande énergie ;
  • facilité à parler ;
  • intensification des expériences sensorielles.

Les usagers rapportent les effets indésirables suivants :

  • anxiété ;
  • agitation psychomotrice ;
  • confusion ;
  • insomnie ;
  • perte de mémoire ;
  • palpitations ;
  • tremblements ;
  • serrement de mâchoire ;
  • pupilles dilatées ;
  • fréquence cardiaque augmentée ;
  • tension artérielle augmentée ;
  • température corporelle augmentée ;
  • augmentation de la transpiration ;
  • « horrible pression dans la tête » ;
  • vomissements.

En ce qui concerne la toxicologie, 15 cas d’intoxications non fatales en lien avec une consommation de 5-IT sont rapportés en Europe : Suède (13) et Royaume-Uni (2). Les cas concernent majoritairement des hommes jeunes. Concernant le contexte d’usage, il convient de noter que dans 5 cas la prise de 5-IT était connue. Dans 6 cas, les usagers déclarent avoir pris du BenzoFury, dans 1 du LDPV, dans 1 du coca et dans 1 autre une substance inconnue. Dans tous les cas, le 5-IT a été identifié analytiquement. La voie d’administration, documentée dans deux cas, est la voie nasale. Trois usagers précisent qu’ils ont acheté le 5-IT sur Internet. Les symptômes rapportés sont une dilatation des pupilles, une augmentation de la transpiration, une agitation, une désorientation, une anxiété, une augmentation du rythme cardiaque, une élévation de la tension artérielle et de la température corporelle.

 Vingt-quatre décès en lien avec la consommation de 5-IT ont été rapportés dans 4 Etats membres :

  • en Hongrie, 4 cas où la poudre retrouvée auprès des corps a été identifiée comme du 5-IT ;
  • en Suède, 15 cas dont 2 pour lesquels seul le 5-IT est impliqué ;
  • au Royaume-Uni, 2 cas de poly-intoxication ;
  • en Allemagne, 1 cas où l’expert a conclu à un décès plausible par le 5-IT.

La voie commune d’administration est la voie orale ou nasale, éventuellement la voie intraveineuse. Des cas d’administration rectale ont également été rapportés. Les doses usuelles se situent entre 50 et 120 mg. L’effet stimulant se met en place en 30 minutes à 1 heure et dure plus de 10 heures. Pour certains usagers l’apparition des effets est beaucoup plus retardée (3 à 4 heures) et incite à reprendre une dose.

Pour ce qui concerne l’épidémiologie de l’usage et de l’abus, il convient de noter que la première saisie est intervenue en Norvège en avril 2012. Il semble qu’à l’heure actuelle, au Royaume-Uni, ce produit ait été retiré de la vente de sites Internet bien connus. La question est posée de savoir si c’est la conséquence d’un problème d’approvisionnement ou dû aux cas de décès en Suède largement médiatisés. En France, le réseau des CEIP-Addictovigilance ne rapporte aucun signalement mentionnant le 5-IT. L’OFDT ne le mentionne pas dans la liste des nouvelles drogues identifiées en 2012 et n’a pas encore eu à l’identifier dans son fichier SINTES.

S’agissant de la nature et de l’ampleur des problèmes de santé publique, le produit est assez peu connu des usagers. Il est décrit comme un stimulant puissant à effets prolongés. Il existe des alertes sur les forums consacrés aux drogues. Son utilisation est discutée sur les sites d’usagers et plusieurs disent avoir jeté le produit avant même de l’essayer.

Le produit n’est pas contrôlé au niveau national.Il n’y a pas d’usage connu en médecine humaine ou vétérinaire, ni comme précurseur de médicament et pas d’autorisation de commercialisation dans l’Union européenne ou les Etats membres dépendant de l’EMA. Plusieurs pays ont fait état de saisies sur leur territoire. En règle générale, elles concernent de petites quantités, excepté en Hollande avec 20,5 kg. Le 5-IT est commercialisé majoritairement sur des sites du Royaume-Uni où il est présenté comme une nouveauté «légale», un «legal high». Quatre Etats membres recensent le 5-IT sur la liste des stupéfiants : Danemark, Norvège, Italie et Chypre. Deux Etats membres le surveillent en tant que substance psychoactive : Autriche et Hongrie. Un Etat le contrôle sous la législation des produits dangereux pour la santé : Suède. Un Etat le contrôle sous la législation des médicaments : l’Allemagne. S’agissant des autres pays (hors Europe), le 5-IT est couvert par un classement générique en Australie. Aux Etats-Unis, il n’est pas réellement contrôlé, mais devrait suivre la législation de l’AMP en tant que substance similaire.

En conclusion, le 5-IT est une drogue de synthèse qui circule dans la communauté européenne mais aucun élément ne permet de conclure qu’il est sur le territoire français. C’est un produit facile d’accès sur Internet, sur des sites hébergés par le Royaume-Uni. Il est considéré comme «legal» et d’un prix comparable à celui de l’αMT ou de l’APB, c’est-à-dire de l’ordre de 45 euros le gramme. C’est une substance qui présente des propriétés stimulantes, entactogènes et psychodysleptique globalement comparables à celles des autres stimulants de la classe des amphétamines ou des cathinones. Le produit administré par voie orale, nasale ou par IV est considéré comme puissant, agissant lentement et longtemps.

La Commission des stupéfiants et psychotropes, après en avoir délibéré, rend par 10 voix pour, 1 voix contre et 1 abstention, un avis favorable à l’inscription du 5-IT sur la liste des stupéfiants.

 

Nicolas AUTHIER


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